Les premières souverainetés – Portrait à la Nietzsche

Les petites souverainetés, les petites royautés du commencement de l’Antiquité, à la fin de la Préhistoire, devaient être belles à voir. Comme un clair-obscur, une aurore dans la pénombre des âges anciens où l’Homme n’était pas encore complètement maître de lui-même et des autres.

Là, les hommes commençaient à comprendre profondément l’astrologie, la puissance des astres, donc, par conséquent, à savoir construire des monuments « aere perennius » sur le modèle de l’Univers.

Un jeune homme et sa famille s’identifiait à une étoile, à une constellation, et, grâce à la caste sacerdotale, prenait la tête d’une communauté. Et c’est ainsi que naissait les plus jeunes dynasties de l’Humanité, les plus jeunes noblesses du monde, acquis grâce aux prestiges des étoiles, et à leurs interprètes, aux jeunes devins qui leur donnaient tout pouvoir et « hypnotisaient » le peuple (ceux qui n’étaient pas encore conscients et maîtres d’eux-mêmes), par leurs discours en l’amadouant et en proférant que cet homme et sa famille, ou cette femme, devait être un souverain, un roi, une reine, un commandant, un chef.

Les premiers essais de statues à l’effigie d’animaux nobles, comme des lions, des léopards, des tigres, des cerfs étaient bâtis par les premiers architectes dont les conceptions sur leur Art devenaient de plus en en plus claires et dont Hegel parle si bien dans sa philosophie esthétique. Ils mettaient leurs premières idées, leurs premières intuitions en actes, en visualisant, tels les premiers ingénieurs et techniciens du monde. Et le souverain, en lien avec eux, et dont la place au sein de la société était désormais acquise comme à part, imposait, par ces constructions, sa propre puissance au peuple qui se couchait devant lui, devant tant de jeune magnificence.

Les jeunes femmes se donnaient à lui, et lui, en jeune maître, choisissait forcément la plus belle, la plus robuste et la plus désirable, fondant ainsi sa dynastie par la beauté et par la force, afin qu’elle lui donne des beaux enfants, contrairement aux peuples qui ne choisissaient pas ses femmes. Afin aussi que la noblesse se différencia par sa beauté et sa force, mais tout cela était irréfléchi chez le jeune orgueilleux – il allait d’instinct vers ses femmes. La noblesse se formait par la force, et la forme, la robustesse. Il en est de même aujourd’hui quand le plus riche se met avec une mannequin – c’est la même logique pluriséculaire.

Le jeune pousse, toujours aidé du prêtre, s’accaparait alors les richesses, imposait des impôts sur la population sujette, faisait mettre en marche un début d’économie « rationnelle », afin de garantir la stabilité de son règne.

Il faisait imposer des remparts, des constructions, pour se protéger des attaques extérieures. Il construisait ainsi une communauté, sur plusieurs siècles, ce qu’on appellerait plus tard une race, c’est-à-dire des gens ayant un même caractère, un même phénotype, construite patiemment par le travail des siècles et l’hérédité, l’atavisme.

Les prêtres, les homines religiosis, comme les appellent Nietzsche dans un chapitre de Par-delà Bien et Mal, comblaient d’honneur le souverain, lui offraient, par des artifices rhétoriques, des artifices de magie, tous les pouvoirs, lui disaient et disaient au peuple qu’il était de naissance divine, lointaine, du Ciel, des Etoiles – les Dieux.

Les premiers poètes, proches des prêtres mais d’une essence plus libre, plus autonome, scandaient des épopées quand le souverain partait et revenait victorieux d’une guerre – ainsi d’un Homère, bien sûr.

C’est ainsi que se fondait l’orgueil des premiers souverains, dans les libations répétées, interminables, les premières fêtes, fastes nécessairement – sacrifices d’animaux, banquets énormes – parce qu’il fallait impressionner et que l’Homme découvrait alors le pouvoir de la fête, des drogues naturelles, des mélanges de nourritures qui donnent aux repas un saveur que ne connaissait pas les plus Anciens. Les rites religieux qui, eux aussi, étaient nombreux, car on se disait forcément que toute cette richesse, cette nouvelle joie devaient venir de la force des Dieux, de puissances supérieures, et que, pour garantir cette richesse, ce début de richesse civilisationnelle, il fallait dépenser sans compter pour eux.

Ainsi, les Hommes avaient bien davantage de prises, à la fois, sur leur environnement, sur leurs sujets, sur les autres, ainsi que sur eux-mêmes. Les premières souverainetés, les premières prises de pouvoir sont inséparables d’un mouvement de l’Humanité vers un contrôle sur lui-même ; si des Hommes commençaient à s’instituer rois et reines, c’est bien que la masse des hommes n’étaient plus anarchiques, mais qu’une hiérarchie nouvelle naissait, et que certains prenaient pouvoir sur eux-mêmes et s’accaparaient, par toutes les nouvelles ressources, tous les pouvoirs auxquels leur donnait accès leurs dons, ces dons que l’Humanité précédente ne savait pas utiliser à bon escient, ou utilisaient de manière peu sûre.

Les premiers embryons de souverainetés de l’Antiquité signaient ainsi la découverte, chez les hommes, de leur propre puissance, et de la puissance qu’ils pouvaient acquérir via des artifices, via des stratégies, des mystifications, des jeux d’ombres et de lumières, Machiavel n’ayant rien inventé.

C’est aussi là le début embryonnaire des grands édifices de civilisation que furent Babylone, les Assyriens, les Perses, l’Egypte, les Grecs, et la plus grande de toutes, Rome.

La mythologie romaine nous renseigne d’ailleurs parfaitement sur ces débuts de civilisation grâce au mythe de Romulus et Rémus.

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