Un roman de formation français : Jean-Louis Curtis – Les Jeunes Hommes (1947)

Publié en 1947, ce premier roman, cette première oeuvre publiée du jeune Jean-Louis Curtis l’a déjà introduit dans la cour des grands. Quoi de mieux qu’un bon petit roman de formation pour débuter sa carrière littéraire ?

Le roman se divise en 3 parties distinctes, et narre sur le fil, au long cours, les destinées tragiques ou plus avantageuses de quatre condisciples d’un lycée du Sud-Ouest de la France, quatre camarades pas si amis que cela, qui ont excellé dans leurs années de formations, et sont rongés d’ambition. Monter sur Paris et vivre la grande Vie comme le propose l’altier et ironique Patrice, fils d’une grande dame espagnole, ou rester bourgeoisement à Sault pour y faire son trou parmi la haute bourgeoisie de cette province, de cette « petite patrie » ? Tel est souvent le dilemme qui frappe le timide mais intelligent, honnête, André Comarieu tyrannisé par sa mère qui veut pour lui une carrière solide et bourgeoise classique et usera de tous les stratagèmes d’une véritable mégère pour ne pas le faire dévier de cette route.

A côté de cela, le tranquille Bruno Marcillac est le type même du beau gosse, à l’aise partout, qui réussit tout et s’accommode de tout, la guerre 39-45 le révélera !

Quant au quatrième, Jean Lagarde, c’est le plus tourmenté ; jeune ambitieux rongé par le ressentiment car si dissemblable de ses camarades d’origine noble ou bourgeoise, lui enfant de prolétaire du coin mais habile à l’école et dans le bachotage, son destin sera contrasté par mille épreuves.

C’est donc tous ces parcours que nous suivons, avec une analyse psychologique acérée des personnages par Jean-Louis Curtis. La première partie est comme un pastiche d’un roman de Barrès (ceux de l’Energie Nationale), c’est la moins réussie, la phrase est râclée et trop virulente. En revanche, le livre adopte son rythme de croisière dès la deuxième partie, et déroule des péripéties passionnantes et c’est alors que nous nous attachons fort aux personnages, en reconnaissant dans l’un ou l’autre nos propres sensations et sentiments lors de notre passage du lycée et des galères estudiantines, des amours contrariés, du désir de gloire et de réussir, de monter à Paris vivre la belle vie intellectuelle (qui n’existe plus guère aujourd’hui, le roman se passant surtout dans les années 1930 et 1940).

Chacun de nous a un peu d’un André Comarieu, d’un Patrice Dolfus-Gomez, d’un Bruno Marcillac, d’un Jean Lagarde ; et c’est pour cette raison que ce premier roman est profond, tantôt amusant tantôt acerbe, plein de belles vues psychologiques sur cette époque de notre vie, et doté d’un style revêche, mais souvent vibrant, nourri qu’il est des livres de Montherlant, Barrès, des analyses sociologiques d’un Honoré de Balzac.

Jean-Louis Curtis a signé là un excellent bon premier roman, dans la catégorie des éternels romans de formation à la française dont ce livre est malheureusement fort oublié alors qu’il mérite sa place dans ce panthéon très français des livres d’initiation adolescente dont la France est passé maître au moins depuis Balzac et Stendhal, sans remonter au Gil-Blas de Lesage ou au Manon Lescaut de l’abbé Prévost.

La suite de ce roman est le livre La Quarantaine, publié en 1966, du même Curtis qui suit les mêmes héros (ou anti-héros) à cet âge, précisément. Que deviendront donc les personnages, le tranquille Bruno, l’aristocratique Patrice, le révolté Jean et, enfin, l’hésitant et subtil André ? A nous de le découvrir.

Jean-Louis Curtis en 1947 (photo Studio Harcourt)

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