L’héroïsme vu par le jeune Montherlant

Description du courage, de la témérité, de l’héroïsme par le jeune Montherlant, 4 années après la fin de la guerre.


« Quand il pointait sur le plan directeur une piste bien en vue, et la prenait de préférence aux autres ; quand, voyant un obus tomber à deux cents mètres, il pressait le pas vers son point de chute ; quand il musait avec intention dans un lieu battu par une mitrailleuse, il sentait quelque chose de pareil, peut-on croire, à ce que demandent à l’ivresse certains artistes, une accélération de pensée, un flux de mémoire, un épanouissement d’images, jusqu’à des éclairs de pénétration pour telles âmes qui lui étaient un peu nocturnes, jusqu’à des explosions de joie créatrice qui lui faisaient s’écrier : « J’aurai beaucoup d’enfants ! », une plénitude dont il prenait conscience les yeux baissés, avec un sourire des lèvres closes, comme s’il faisait quelque chose de mal. Et c’est vrai que cette sorte de courage vous a des apparences de péché. Elle n’est pas qu’une forme de la curiosité de la vie, comme le goût du sacrifice n’est qu’une forme de prodigalité de la vie : elle est l’envahissement de tout l’être par la tentation d’un acte, l’abolissement de tout ce qui pourrait y faire obstacle, et l’héroïsme n’est plus alors de voler à l’appel du péril mais d’y résister. Puis toute cette joie était couverte de sang. La guerre existera toujours, parce qu’il y aura toujours des garçons de vingt ans pour la faire naître, à force d’amour ».

Henry de Montherlant, page 108, Le Songe, roman de 1922, éditions Grasset de 1947

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